Progresser en Église Textes bibliques

« N’oubliez pas l’ordre créationnel » #bingodesclichés

Nous poursuivons notre petit tour de ces phrases toutes faites qu’on nous lance lorsqu’on parle en faveur du ministère pastoral des femmes, ou de soumission mutuelle dans le mariage. On ne discute pas longtemps avant de se heurter à un « obstacle » apparemment majeur :

Les femmes ne peuvent pas être dans le ministère à cause de l’ordre créationnel.

Cet argument est considéré comme un fait incontournable.

C’est ce raisonnement « logique » qui dit que :

L’homme a été créé le premier, la femme après, cela signifie une primauté (une prééminence, une suprématie), qui doit se manifester concrètement dans le ministère et le mariage.

Selon cette compréhension, l’ordre créationnel aboutit à une priorité créationnelle, car elle a pour conséquence réelle de faire passer l’homme avant la femme dans tous les domaines ; finalement elle est comprise comme hiérarchie créationnelle.

Alors que le mot « ordre » pourrait aussi signifier paix, harmonie : le contraire de tohu-bohu.

En effet, l’existence de deux choses de même nature n’induit pas nécessairement une hiérarchie.

Si je vais à la boulangerie et je demande un pain aux raisins et un pain au chocolat, et on met le pain aux raisins dans le sac avant le pain au chocolat, le premier est-il pour autant « supérieur » ou « plus important » que le deuxième ?

Ce sont toutes les deux des pâtisseries.

De même, l’existence de deux choses de même nature créées l’une après l’autre n’induit pas nécessairement une hiérarchie.

Peut-être même que le boulanger a cuit les pains aux raisins avant les pains au chocolat ; entendait-il par-là conférer une supériorité à l’un d’entre eux ? Ne dirait-il pas que les deux sont « très bons », comme d’ailleurs, toutes ses confections ?

« L’ordre créationnel » est un concept abstrait créé à partir d’une interprétation partielle des textes bibliques :

Dans Genèse 2, Dieu crée l’homme (adam – être humain) et le met dans le jardin, ensuite il le fait tomber dans un sommeil profond, retire « une côte » et « bâtit » la femme. Ce sont « les faits »…

Mais est-ce que cela résume toute l’histoire ?

Dans Genèse 1, Dieu crée adam (être humain) en deux sexes (différenciation sexuelle) en un seul acte créateur, le 6ième jour, et donne aux deux l’ordre de régner sur la terre. Dieu lui-même dit que tout ce qu’il a créé est « très bon ».

Il faut interpréter Genèse 2 à la lumière de Genèse 1.

Dieu lui-même dit qu’il « n’est pas bon » que l’homme soit seul.
On le sait… l’acte de création de l’humanité n’est pas terminé…
Il se poursuit quand Dieu « bâtit » la femme en un être unique et différencié.

L’homme (l’être masculin) a quelque chose à apprendre concernant sa place dans le monde. L’humanité ne peut pas exister sans le partenaire, le vis-à-vis, prévu par Dieu.

Le récit ainsi construit et écrit pour le peuple d’Israël conduisait le « lecteur » patriarcal de l’époque à admettre son besoin et apprécier l’être féminin à sa juste valeur.

Alors, l’homme a été créé le premier, la femme après, mais qu’est-ce que ça signifie ?

L’ordre créationnel, s’il faut utiliser cette expression, est présenté comme ordre chronologique ou séquentiel dans Genèse 2, mais son sens profond, le but du récit, c’est de révéler la femme comme être humain de la même nature que l’homme et, à partir de cette vérité, de célébrer l’interdépendance et l’unité au sein du couple.

Ainsi, on ferait mieux de parler de la solidarité créationnelle du couple.

Dans le Nouveau Testament, il faudra bien interpréter Paul (1 Tm 2 et 1 Co 11) à la lumière du message de Genèse – et non le contraire…

Paul n’écrit pas pour maintenir une hiérarchie, mais pour sauvegarder cette solidarité créationnelle. Il ajoute même un facteur d’équilibre dans 1 Corinthiens 11.12 quand il écrit : En effet, tout comme la femme a été tirée de l’homme, de même l’homme naît par la femme ; et tout vient de Dieu. (NBS)

Alors ce matin, que prendrez-vous au petit-déjeuner ? Pain au chocolat ou pain aux raisins ? Ou les deux ?


Pour (re)lire le premier article #bingodesclichés, « La Bible est claire, il suffit de la lire », c’est par ici !

D’autres articles sont à venir dans la série #bingodesclichés le premier vendredi de chaque mois. Il s’agit d’un bingo des phrases entendues couramment. Un bingo de certaines idées reçues sur le ministère (pastoral) des femmes. En 9 courts articles nous aimerons y apporter une réponse et donner des pistes pour aller plus loin. Nous sommes impatientes de partager la suite avec vous !

8 comments on “« N’oubliez pas l’ordre créationnel » #bingodesclichés

  1. Ce prétendu «ordre créationnel» n’est pas aussi logique qu’il le prétend… Si la supériorité venait de la chronologie créatrice, L’homme devrait être soumis aux animaux, puisqu’ils ont été créés avant lui…

    Il est également à remarquer que dans le récit biblique «ishshah» précède chronologiquement «ish» dans Genèse 2:23, ce qui pourrait être une autre façon de comprendre l’expression de Paul que «l’homme naît par la femme»…

    • Victoria Declaudure

      Ou bien, Eve est le point culminant de Gen 1, donc supérieure … !

      Oui, il faut se méfier de la « logique » et lire le texte avec respect.

      Est-ce que le fait que l’homme dans ces propos prononce ishshah avant ish significatif dans ce sens? Je n’en suis pas certaine, puisque l’homme dit ensuite qu’elle a été tiré de lui…

  2. Caroline D.

    Le « pain aux raisins » reçoit de l’Eternel Dieu un certain mandat (Ge 2.15), une certaine autorité sur les animaux (Ge 2.19-20) et un fameux commandement (Ge 2.16-17), avant que le « pain au chocolat » ne soit créé.
    Comparer Adam et Eve à des viennoiseries, c’est quand même assez osé, même pour illustrer un propos, car cela rogne sérieusement la responsabilité des créatures et l’image du Créateur.

    • Victoria Declaudure

      Ces mandats sont inclus dans le mandat donné aux deux dans Genèse 1 v.28; le jardin est donné aux deux dans le verset suivant.
      Genèse 2 montre l’homme à un moment particulier de la création de l’humanité, alors qu’elle est inachevée … ce qui vaut pour l’un vaudra pour l’autre. S’il agissait de l’établissement d’une hiérarchie, il faudrait que le texte le dise explicitement, ou que ce soit le but du texte. Au lieu de cela, le récit va jusqu’à son point culminant pour voir se réaliser l’intention de Dieu énoncé dans le v.18.

      Je n’ai pas comparé Adam et Eve à des viennoiseries !!! Il s’agit d’illustrer un concept.

  3. Catherine Grasswill

    Merci, mais tant que l’on traduira Adam par ‘homme’ et non « Anthropos » (grec) = être humain, on sera toujours dans l’ambiguïté…

    • Victoria Declaudure

      Bonsoir Catherine

      La Nouvelle Bible Second traduit adam par « les humains »; et la Nouvelle Français Courant par « l’être humain »

  4. M.Rose

    Bonjour,
    la conclusion que vous tirez de ces passages est le bon sens : l’interdépendance
    de l’homme et de la femme, leur égale valeur et leur unité.

    A part cela, en fait, le texte biblique n’est pas si clair (pour nous en tout cas) !. Par exemple ,dans les trois versets qu’ a cité Caroline, le mot adam, traduit par l’ homme masculin dans nos bibles) est un choix des traducteurs car ce mot en hébreu a deux sens :
    l’ être humain ou l’homme masculin, et rien dans le texte ne permet de savoir ds quel
    sens il est employé, idem pour « tsela » qui a deux sens, côte ou coté. (Gen.2,21)

    Une tradition juive dit que lé premier humain était h et f. que Dieu a coupé en deux,
    la femme étant le coté qui a été tiré de l’humain. Donc, ce sont les deux qui ont été placés dans le jardin d’ Eden, et les deux enseignés de la loi divine.

    Il y a donc plusieurs possibilités mais que voulaient dire vraiment nos anciens ???
    Un autre détail mystérieux auquel je n’ai jamais eu de réponse :
    Dans GEN 2 v.19 quand l’h. nomme les animaux, on lit  » comment il les appellerait »
    en hébreu, c’est elle et non il . Pourquoi ?
    La pasteur Joëlle ns dit dans son livre sur le couple, que les protestants ont
    « sacralisé » la Parole de Dieu (c’est écrit, c’est écrit !) mais il faudrait se rappeler que
    c’est un texte écrit par des hommes, inspirés de Dieu, c’est sûr, mais que la Parole
    n’est pas seulement un texte, mais aussi une personne, Jésus-Christ et que son amour
    n’est pas enfermé dans un texte, mais chaire vivante, expérience vivante.

  5. LEBOUC

    Merci Victoria pour ce commentaire inspiré. Sois bénie et que ce blog continue d’être une source de bénédiction 🙏

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