Sensibiliser

Avent 1 – ‘Fille de Saül’ est mon nom…

« Où donc est-il ce beau temps de ma jeunesse. Ce temps heureux où je rêvais de voir et d’entendre David. Où mon cœur battait lorsque je reconnaissais sa manière unique d’attaquer les cordes de sa harpe. Ce temps ou l’espérance et la joie étaient encore de mise…


Combien j’ignorais tout de la politique des hommes à ce moment-là. Je n’avais pas encore réalisé que je n’étais qu’un moyen que mon père utilisait pour se débarrasser d’un rival . Je n’avais pas compris non plus que je n’étais qu’un moyen pour David d’arriver au trône. J’ai compris très tôt qu’il ne m’aimait pas, mais j’ai espéré  sa reconnaissance lorsque, risquant de me mettre Saül à dos,  je l’ai averti et sauvé de l’attentat qu’il mijotait … J’aurais tout fait pour lui, je ne craignais pas la mort.

Je croyais encore que mon amour serait plus fort que tout. Plus fort que la guerre que ces deux hommes se livraient à travers moi. Je croyais aussi que notre relation serait plus forte  que l’éloignement qui découlerait de sa fuite!

Oh, David, j’ai tout perdu ce jour-là, en as-tu seulement conscience ? Je t’ai perdu toi. J’ai perdu aussi la considération de mon père. Il s’est bien douté que mes paroles n’étaient que mensonge. Il savait combien je t’aimais. Je suis devenue une recluse, une morte-vivante. Paria dans sa propre maison. Les regards sur moi ont changé. On m’évitait. On ne m’invitait plus. Et de loin j’entendais, le cœur serré, le récit de tes combats, de tes victoires et surtout de tes conquêtes féminines. Toutes plus belles, plus sages ou plus riches les unes que les autres, parait-il. Je pensais, j’espérais que  ce n’était que des racontars, mais au fond de moi, je savais que cela devait être vrai.

Tu es si beau, si brillant. Et surtout, je te connais, David. Tu aimes les femmes…

Moi je n’en ai aimé qu’un… Certes, j’ai trouvé une forme de paix auprès de Palti parce qu’il m’aimait vraiment, lui. Il aurait tout donné pour me garder lorsqu’après la mort de mon père, tu es arrivé au pouvoir et que tu as demandé à me récupérer comme on récupère un vieux trophée oublié.

Là, j’ai à nouveau espéré, le cœur haletant parfois, que quelque chose de nouveau s’éveille entre toi et moi. Mais je t’ai à peine entrevu. Je n’étais rien de plus pour toi qu’un symbole. Il fallait que tu me récupères pour prouver ta légitimité. Tu ne m’as jamais fait venir auprès de toi… Tu as d’autres femmes, bien plus jeunes et plus belles que moi. Des femmes que tu as toi-même choisies… Peut-être que si j’avais pu te donner un enfant lorsque j’étais ta seule femme.

Mais non, Mikal, tu le sais bien, cela aurait été dangereux pour cet enfant.  Il aurait été le petit fils de Saül. Il vaut mieux ne pas en avoir eu que de le pleurer… Quel misérable destin que le mien…

Quand donc viendra-t-il, ce temps dont nous parlent les sages et les prophètes d’Israël ? Car il viendra un temps, disent-ils, ou la violence ne sera plus de mise. Ou le loup habitera avec l’agneau et où l’enfant mettra sans crainte sa main dans le nid de l’aspic. Peut-être que dans ce temps-là, les hommes et les femmes seront réconciliés ? Peut-être qu’alors, les femmes seront enfin écoutées, respectées ? Peut-être qu’à ce moment-là, elles ne seront plus considérées comme des êtres faibles, émotionnels? Peut-être qu’enfin, elles pourront participer à la vie autrement qu’en mettant au monde des enfants destinés à être piétinés par les chevaux des chars de guerre des rois…

Oh Yaweh si tu m’entends, réponds-moi. Quand donc ce temps viendra-t-il ? Est-ce que je le verrai ? Est-ce à travers David où l’un de ses fils que tu l’établiras ?

Cesse de rêver, Mikal, même si ce temps venait maintenant, cela ne changerait rien pour toi. Il y en a tant des ‘femmes de David’… tant de concubines aussi… Que crois-tu encore, à quoi rêvasses-tu ? Qu’espères-tu ? Tu resterais l’épouse de l’ombre, celle qui rase les murs parce qu’elle est marquée du sceau de la honte : ‘Fille de Saül’ est mon nom…

Tout au fond de moi, j’espère que si ce temps venait de mon vivant, je serai reconnue et acceptée pour moi-même et non plus rejetée parce que je suis la fille de l’ennemi de David. Je serai un être à part entière. Peut-être même que Yaweh me donnerait un nom nouveau. Un autre nom sans tâche, sans lien avec Saül…

Voilà la foule qui arrive. Où est-il ? Oh mon Dieu, j’ai encore le cœur qui bat. Je me déteste pour cela ! Le voir, encore une fois. Admirer son corps si bien bâti, alors même qu’il se refuse à moi.
Le voilà…
Où trouver les mots pour calmer mon cœur? Crier ma douleur… Mon amour et ma haine. Quasi nu devant les femmes du peuple, les servantes de palais . Il les fait danser avec lui derrière l’arche. Il les touche et le voilà qui en enlace une… Et moi, fille de roi…

Oh Yaweh… La douleur est trop forte. Dans ce royaume que nous attendons, faudra-t-il aussi souffrir mille morts ? Peux-tu soulager un cœur brisé comme le mien ? Où est l’espérance ? Viens, Seigneur viens, je n’en peux plus sous le poids de l’amertume, je suis écrasée… Libère-moi de cette mort intérieure… »

2 comments on “Avent 1 – ‘Fille de Saül’ est mon nom…

  1. Claire Poujol

    Émouvant, triste…..

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  2. Marie-Rose

    J’ai fait un rêve où je rencontrais la fille de Saul et la Samaritaine pour leur demander si elles se reconnaissaient dans ces récits. Zut, je me suis réveillée …….. ……….
    et je n’ai pas eu de réponse à ma curiosité. L’ être humain est-il toujours le même ?
    ce qui est étonnant et rassurant !

    J'aime

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