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La 2e lettre de Jean s’adresse-t-elle à une femme pasteur ?

La deuxième lettre de Jean est adressée « à la dame élue et à ses enfants ». Mais qui est la « dame élue » de 2 Jean ? Est-elle une mère qui a des enfants, ou est-elle plus que cela? Un regard sur l’utilisation par l’apôtre Jean du mot « enfants » dans 1 Jean peut nous aider à comprendre qui sont les enfants de cette femme. Ensuite, nous pourrons essayer de résoudre le mystère de l’identité de la femme.

Les enfants

Nous reconnaissons communément que les « enfants » de 1 Jean se réfèrent à des convertis chrétiens. Les « pères », « jeunes gens » et « chers enfants » du deuxième chapitre peuvent se référer littéralement à des âges du développement spirituel. Quel que soit leur âge, l’apôtre Jean se considérait comme un frère spirituel pour ces « enfants ». L’apôtre Paul a également utilisé ce langage aux Galates, lorsqu’il a dit : « Mes petits enfants, pour qui j’éprouve les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que Christ soit formés en vous ! (4:19).

Leur parent spirituel

Que signifie être un parent spirituel ? Cela signifie probablement que l’apôtre Jean a prêché l’évangile à ces personnes pour la première fois, et qu’ils y ont cru. Il a ensuite assumé la responsabilité d’enseigner, de discipliner, de nourrir et d’élever ces enfants dans la foi. Il leur a consacré sa vie sur terre pour qu’ils puissent avoir la vie éternelle. Comme l’exprime l’apôtre Paul : « Car maintenant, nous vivons, puisque vous demeurez fermes dans le Seigneur » (1 Thess. 3:8).

Même si certains chrétiens n’ont pas été directement amenés à la foi par Jean, l’apôtre doit s’être tellement donné pour les élever dans la foi que les convertis ont jugé juste que Jean les appelle ses enfants. Ils ont vu comment Jean se sacrifiait, priait, travaillait et se souciait de leur salut. Pour eux, il n’était pas étrange que Jean les appelle enfants. Cela sonnait bien plutôt comme de la tendresse et de l’affection.

Deux femmes et deux groupes d’enfants

En arrivant à la dernière ligne de 1 Jean, nous lisons : « Petits enfants, gardez-vous des idoles. Amen ». Puis, immédiatement, la première ligne de 2 Jean dit : « De la part de l’ancien à la dame qui a été choisie et à ses enfants » (S21) ou « Moi, l’ancien, j’écris à la Dame que Dieu a choisie et à ses enfants » (SEM). Et Jean conclut la lettre par le verset : « Les enfants de ta Sœur, celle que Dieu a choisie, t’envoient leur salutations. » (v. 13, SEM). Nous avons donc maintenant deux femmes avec deux groupes d’enfants à prendre en compte.

Qui sont-elles?

Examinons d’abord les indices significatifs dans le texte :

  • L’autorité de la femme vient de Dieu ; elle est la « dame que Dieu a choisi » (SEM), ou la « dame qui a été choisie » (S21) (verset 1).
  • La femme a enseigné aux chrétiens comment marcher dans l’amour, la vérité et l’obéissance aux commandements de Dieu ; Jean la félicite pour cela, disant même qu’il « a éprouvé une très grande joie » (verset 4).
  • La femme est honorée par Jean, qui l’ « implore » de continuer à enseigner aux chrétiens à marcher dans l’amour (verset 5, KJV). Le mot ici traduit par « implorer », est en grec erotao. D’autres traductions de ce mot dans le Nouveau Testament incluent « demander », « prier », « désirer » et « supplier ». Loin d’être un ordre autoritaire masculin, c’est une supplication.
  • Elle a l’autorité pour rejeter les faux enseignants (versets 8-10).
  • Elle et ses enfants vivent ou se rencontrent habituellement dans sa maison (verset 10).
  • Remarquez que le mot « enfants » est utilisé à la fois dans 1 Jean et dans 2 Jean. Si nous lisons avec  cohérence, nous pouvons penser que Jean utilise le même mot, « enfants », pour décrire la même relation. L’apôtre Jean est un père spirituel pour les chrétiens dans 1 Jean. De même, la « dame élue » est une mère spirituelle pour les chrétiens dans 2 Jean.
  • De plus, cette relation similaire place Jean sur un pied d’égalité avec la femme de 2 Jean. Jean et la « femme choisie par Dieu » ont des enfants dont ils sont responsables.

Les omissions significatives dans le texte :

  • En dehors de l’apôtre Jean lui-même, et de l’autre « femme élue » au verset 13, aucune autre autorité ecclésiastique n’est mentionnée dans le texte.
  • Jean ne parle pas de cette femme comme devant se soumettre à l’autorité masculine. Au lieu de cela, elle semble être le seul chef des chrétiens.
  • Jean ne réprimande pas la femme pour avoir enseigné ou dirigé.
  • Jean n’exige pas que la femme se soumette à son autorité apostolique masculine. Au lieu de cela, il reconnaît que son autorité vient de Dieu. Jean met de côté sa propre autorité et la supplie, en utilisant le mot, « implorer ».

Deux scénarios possibles

Scénario 1 : Il s’agit d’enfants biologiques

2 Jean fait référence à une mère qui a des enfants biologiques qu’elle élève d’une manière chrétienne.

  • On peut supposer que la femme est veuve, ou divorcée, parce qu’aucun père ou autre autorité masculine n’est mentionnée.
  • Les enfants ne sont pas encore adultes, parce que l’apôtre Jean reconnaît que la femme est responsable du comportement de ses enfants.
  • Cela explique aussi pourquoi ils sont dans la maison de leur mère (ils y vivent).

L’apôtre met en garde la mère contre les trompeurs qui voudraient entrer dans sa maison. La raison pour laquelle ces gens voudraient entrer dans la maison d’une femme célibataire – probablement divorcée ou veuve – qui a des enfants, n’est pas claire.

Les problèmes du scénario 1:

Ce premier scénario est difficile à soutenir pour plusieurs raisons:

Premièrement, pourquoi l’apôtre Jean changerait-il soudainement le sens de son langage? Il vient de passer des pages entières à écrire à ses « enfants » dans sa première épître. Quelle base logique avons-nous dans le texte pour dire que 1 Jean se réfère à des enfants spirituels, et 2 Jean à des enfants biologiques ?

Deuxièmement, pourquoi l’apôtre Jean serait-il préoccupé non seulement par une, mais par deux femmes apparemment célibataires élevant des enfants biologiques ? Autrement dit, qu’est-ce qui obligerait l’apôtre à écrire à des familles chrétiennes individuelles, ordinaires, plutôt qu’à l’Église ?

Troisièmement, pourquoi les « trompeurs » et les « antéchrists » seraient-ils intéressés à aller dans une maison familiale individuelle – dans laquelle seule une mère divorcée ou veuve, avec des enfants non adultes, vivait ? Nous pouvons nous demander pourquoi une femme dans une situation comme celle-ci laisserait entrer des personnes chez elle.

On pourrait peut-être se dire : « C’est une femme mariée que Jean a amenée à la foi pendant son ministère. Si Jean ne parle pas de son mari, c’est qu’il n’est pas converti. Ce qui lui laisse à elle la responsabilité de la croissance spirituelle de ses enfants. C’est pourquoi Jean lui écrit à elle, et non à son mari. »

Ou, « Elle est célibataire – veuve, divorcée ‘’. Ou encore ‘’c’est une femme qui avait des mœurs sexuelles libres mais qui est rachetée maintenant, elle n’a donc pas d’autorité masculine pour ses enfants, alors Jean l’aide. »

Même si nous acceptions ces positions, de nombreuses questions resteraient sans réponses. Par exemple, pourquoi des « trompeurs » essaieraient-ils d’entrer dans la maison d’une famille ordinaire ? Si son mari n’était pas converti, pourquoi Jean ne le mentionnerait-il pas dans la lettre ? Ne serait-ce pas une question plus urgente que celle des « antéchrists » qui tenteraient d’entrer dans une résidence privée pour une raison inconnue ?

De même, pourquoi l’apôtre Jean écrirait-il à une famille individuelle, et non à une Église. Cela n’explique pas non plus pourquoi Dieu a choisi cette femme. Doit-on dire d’une mère qui élève des enfants chrétiens qu’elle est une « femme choisie par Dieu » ?

Plus important encore, ce scénario ne répond pas à la question clé : quelle base avons-nous pour comprendre le terme « enfants »  comme étant des enfants biologiques lorsqu’il s’agit de la « dame élue » et   comme étant des enfants spirituels lorsqu’il s’agit de l’apôtre Jean ?

Scénario 2 : Il s’agit d’enfants spirituels

Le deuxième scénario est que cette femme a une position similaire à celle de l’apôtre Jean. Nous savons par Actes 2:46 et l’histoire de l’église, que l’église primitive enseignait publiquement dans les temples et les synagogues, et se réunissait ensuite en privé dans les maisons pour célébrer la Cène et le culte du Seigneur.

Ainsi, l’apôtre lui écrit en tant que confrère pasteur ou apôtre d’une église qui se réunit dans sa maison. La femme élue a été « choisie par Dieu » pour être ministre.

Elle a pleine autorité pour enseigner et réprimander les faux enseignants. En ne permettant pas à des « trompeurs » d’entrer dans sa « maison », elle a l’autorité d’exclure certaines personnes en tant que membres. Elle est la responsable principale de l’Église en tant que pasteure.
Dans ce scénario, les enfants de la femme sont les personnes qu’elle a amené à la foi. Peut-être que certains ont été convertis par d’autres membres de l’église, puis ont rejoint l’église qu’elle dirige. Comme l’apôtre Jean l’a fait pour les « enfants » dans 1 Jean, cette « femme choisie par Dieu » a dédié sa vie pour ces nouveaux convertis. Elle a fait pour eux tous les sacrifices qu’une mère ferait pour ses enfants.

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L’apôtre Jean la félicite pour la manière dont elle guide le troupeau. « Cela m’a donné une grande joie », écrit-il, « de trouver quelques-uns de vos enfants marchant dans la vérité, comme le Père nous l’avait ordonné » (verset 4, NIV). Il l’exhorte ensuite à continuer à marcher dans l’amour, ce qui est l’obéissance aux commandements de Dieu, « comme vous l’avez entendu depuis le commencement » (verset 6). Puis, il l’avertit des hérésies récentes qu’il faut surveiller. Il souligne la sévérité des hérésies en disant de ne pas laisser un tel « trompeur » et « antéchrist » entrer chez elle (verset 7). En d’autres termes, elle ne devrait pas les laisser entrer dans l’église, où ils pourraient égarer ses chers enfants spirituels qui marchent actuellement dans la vérité.

La lettre de Jean révèle aussi l’amour et la confiance que les chrétiens ont pour leur mère spirituelle.  Jean indique qu’ils sont obéissants et non rebelles.

Ils ne se sont pas éloignés de leur pasteur féminin pour rechercher de meilleurs pasteurs masculins.

Au lieu de cela, les « enfants » se tournent vers elle pour l’enseignement spirituel, les conseils, les corrections et la protection, tout comme un enfant biologique se tournerait vers une mère pour la même chose. Ils l’aiment et lui font confiance de toute leur âme.
Nous ne savons pas si cette femme pasteur ou apôtre était mariée. Mais dans les deux cas, Jean lui écrit comme si elle était la responsable principale de l’Église. Si elle était mariée, la lettre de Jean ne contiendrait pas d’instructions spéciales sur sa relation avec son mari. Par exemple, il ne dit pas qu’elle doit se soumettre aux décisions de son mari au sujet de la direction de l’Église. Au contraire, cette femme est présentée comme l’unique responsable et mère de l’Église.

Dans l’ensemble, ce scénario est plus probable. Cela correspond à ce que nous savons de la structure de l’Église primitive, qui était principalement un mouvement d’Église de maison. Nous n’avons pas de questions non résolues et nous n’avons pas besoin de forcer le texte.

Plus important encore, cela est conforme à l’utilisation du mot  » enfants  » que l’on trouve dans 1 Jean et au modèle de lettres adressées aux Églises, et non à des familles individuelles. Il en résulte une lecture belle, fluide et stimulante. En fait, c’est l’une des meilleures preuves que nous ayons dans le Nouveau Testament des femmes en position de leadership ! Je crois que nous pouvons dire sans risque de nous tromper, que ce que l’apôtre Jean était pour les chrétiens en 1 Jean, cette femme l’était pour les chrétiens de 2 Jean !


Par Alexandra Greenley, article en anglais sur CBE International: « Is John’s Second Letter Addressed to a Female Pastor? » Le 05 Septembre 2018. Traduction Anne-Christine Schnell.

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3 comments on “La 2e lettre de Jean s’adresse-t-elle à une femme pasteur ?

  1. Claire Poujol

    C’est la première fois que j’entends parler de cette hypothèse et, ma foi, elle est plus qu’intéressante ! Merci.

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  2. Simone

    Très intéreessnt: je n’avais jamais fait attention à cette lettre et à qui elle était adressée

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